[AVIS] Le ciel au-dessus de Bruxelles

par

LE CIEL AU-DESSUS DE BRUXELLES

composé de 2 tomes : [avant]… et …[après]

Chronique minute

17 mars 2003, …

Soixante ans après la Shoah, trois jours avant le début de la guerre en Irak, Jules Engell Stern rencontre Fadya. Il est juif khazar, elle est beur, islamiste. Lui est de passage à Bruxelles, cherche son frère, attend sa sœur. Elle, prépare un attentat suicide au milieu d’une manifestation pacifiste. Jules invite Fadya dans sa chambre, au Hilton, 25ème étage avec vue sur le ciel, au-dessus de Bruxelles. Contre toute attente, elle accepte.

Imagine…

Face aux images des télévisions du monde entier, de la RTBF à El Jazira, qui relatent la conquête de l’Irak par les troupes de George W. Bush, du déclenchement jusqu’à la chute de Bagdad, Jules et Fadya opposent les leurs : un mois durant, ils s’aiment crument, tendrement, passionnément, sexuellement, imaginairement. Le temps d’une guerre réelle… Le choc des civilisations peut aussi être une histoire d’amour.

PlancheA_54306

Avis rapide

Imagine,… Ce livre est sorti en février 2006. Il m’avait alors marqué par son histoire et agressé par son graphisme, mais probablement pas autant que maintenant. Comme pour beaucoup de monde, le 13 novembre 2015 laissera une marque dans mon existence. Et c’est le besoin de relire ce livre dans les heures qui ont suivi ce drame qui me pousse à vous en parler aujourd’hui.

Comme le rappelle Yslaire dans une note en fin du tome 2, cette histoire n’est qu’un conte, une fiction. Une sorte d’interprétation libre de Roméo et Juliette avec un « presque » juif et une « à peu près » musulmane. Une rencontre improbable entre une kamikaze et un rescapé, le tout mis en musique par John Lennon. Le clin d’œil à Lennon est plus profond encore, car on ne peut pas oublier son fameux « bed-in » où le chanteur se filma dans une chambre du Hilton d’Amsterdam en 1971, en train de faire l’amour avec Yoko Ono, pour s’opposer à la guerre du Vietnam. Il en ressort une histoire d’amour crue sur un fond d’atrocité. Les scènes impudiques s’enchaînent au fil des flashs d’information annonçant le début de la guerre en Irak. Mais où se situe l’obscénité ?

Ma critique ne serait pas honnête si je ne vous avouais pas que parfois le récit reste sibyllin. Le tome 1 m’apparait comme plus logique et plus percutant, alors que le tome 2 introduit une touche d’ésotérisme qui laisse le lecteur parfois un peu confus. Ce diptyque ne forme pourtant qu’un seul récit puisque le 2ème livre démarre dans la continuité du premier, 3 jours après la rencontre de nos héros.

PlancheS_13262

Au niveau graphique, Yslaire combine plusieurs atmosphères. Les séquences dessinées et les flashs d’information télévisuels qui rappellent que tout n’est pas imaginaire. Si les premières sont tout simplement magnifiques et permettent de reconnaître la patte de l’artiste, les images d’actualité sont parfois trop présentes. D’un autre côté, c’est ce qui permet de mettre en opposition les innombrables scènes d’amour particulièrement suggestives (attention pour public averti). Pour moi, l’atrocité reste bien plus présente dans cette guerre qui se dessine derrière nos amoureux, que sur ces images de sexes.

Ce récit d’Yslaire se veut fondamentalement rempli d’espoir.

Ciel08